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Les PasSages volume 4, maintenant en ligne!

 

Voici  le moment tant attendu de la sortie en ligne du Journal des étudiantes sages-femmes du Québec.


Dans cette 4e édition (oui oui, déjà le volume 4), vous trouverez des poèmes, des textes de réflexion et des textes d’information. En espérant que le tout vous nourrisse, merci de nous lire.

Vous pouvez consulter le journal  ICI.

Sans hésitation, imprimez-le, lisez-le, partagez-le, co-construisons le monde dans lequel nous voulons évoluer.


Au creux des pages, vous trouverez ces articles:

Le losange de Michealis appliqué à l’ostéopathie
L’actée bleue & l’actée noire
L’hygiène naturelle infantile : dès la naissance, pourquoi pas?!
Le coeur des femmes
Chère étudiante sage-femme
Donner naissance sereinement, dans le calme et la confiance; pourquoi pas l’autohypnose?
L’école du stress
Ovule
Voyage au centre de mon sexe
La salutogènèse et la pratique sage-femme


Merci à nos précieuses collaboratrices et précieux collaborateurs, sans qui le journal n’existerait pas:

Artistes: Anaïs Boiral, Valérie Bourque, Évelyne Lessard-Lafond, Jean-Phillipe Brochu & Chloé Markgraf

Auteures: Élisabeth Lamarre, Nerea Chabot Soleaga, Éliane Labrosse, Danielle Mercier, Nathalie Séguin, Anabel Gravel Chabot, Évelyne Lafond-Lessard & Isabelle Lebire

Auteur: Samuel Langlois

Mise en page: Gabrielle Filiou-Chénier

Coordination et correction: Éliane Labrosse & Mélanie Bergeron-Blais

Soutien et collecte de textes: Maude Arsenau-Richard, Eugénie Champagne & Maïté Lorenzato

Merci à l’AGE-UQTR pour son soutien financier.

 

 

 

 

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Le grand retour de Co-Naître Ensemble, l’émission de radio!

2.11.2016 Thématique: Actualités, radio Aucun commentaire

Après une année complète de hiatus, Co-Naître Ensemble revient en force à chaque semaine à CFOU 89.1. En ondes le mercredi de 12h00 à 13h00, votre émission de radio préférée sur la périnatalité vous guidera à travers des thèmes classiques ou innovateurs, accompagnée d’un choix de musique judicieux et minutieux.

Toutes les émissions sont disponibles à travers une baladodiffusion disponible sur Mixcloud! Vous pouvez nous écrire si vous désirez télécharger les émissions.

Bonne écoute!

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L’auberge verra le jour en septembre 2016!

25.04.2016 Thématique: Actualités Aucun commentaire

Bienvenue sur la page officielle de l’Auberge autogérée des étudiantes sages-femmes québécoises (AAESFQ)!

Vous trouverez ici toutes les informations concernant ce lieu d’hébergement, de rassemblement et de partage créé par et pour les étudiantes sages-femmes de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Ce projet d’envergure, sur lequel travaille un groupe d’étudiantes depuis 2013, ouvrira ses portes le 1er septembre 2016. Nous sommes très fières de cet accomplissement qui viendra augmenter la qualité de vie de nombreuses étudiantes lors de leurs études.

Description de l’Auberge

Physiquement, l’Auberge autogérée des étudiantes sages-femmes québécoises est un duplex situé au 3335-3337 rue Papineau à Trois-Rivières, à 15 minutes de marche de l’UQTR. Il est composé de 2 appartements 5 ½ et d’un sous-sol aménagé en salle de réunion/étude/dortoir et d’une salle de bain. Il y a de l’espace de stationnement pour 7 voitures et une cour aménagée.

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Dès septembre 2016, 7 chambres seront disponibles, en plus d’un petit dortoir au deuxième étage et d’un grand dortoir au sous-sol. L’Auberge est entièrement meublée. Les membres peuvent y séjourner en n’y apportant que leur nourriture et leurs effets personnels.

Voici quelques photos des aires communes à l’intérieur de l’Auberge. Nous sommes profondément désolées pour la qualité des photos. Étant donné que nous ne prendrons possession de l’immeuble que le 1er septembre, nous n’avons pas pu aménager les espaces afin de les mettre à notre goût et en valeur avant de prendre les photos. Nous aurons des photos plus attrayantes et représentatives à partir de l’année prochaine.

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La cuisine/salle à manger au rez-de-chaussée.

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La salle de bain au rez-de-chaussée. Les laveuses et sécheuses sont au sous-sol.

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Une partie de la salle de réunion/étude/dortoir au sous-sol. Une entrée indépendante mène directement au sous-sol. On y trouve un réfrigérateur supplémentaire ainsi que beaucoup d’espaces de rangement.

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La salle de bain du sous-sol.

Pourquoi l’Auberge?

En raison de la particularité du programme en pratique sage-femme, les étudiantes doivent fréquemment se déplacer ou changer de lieu de résidence tout au long de leurs études de 4 ans, tout en revenant plus ou moins fréquemment sur le campus du l’UQTR. La mission première de l’Auberge est donc de diminuer les coûts et de simplifier la logistique de l’hébergement liée à cette particularité du programme.

L’Auberge est aussi un lieu neutre et collectif pour se retrouver entre cohortes, échanger de façon plus informelle, étudier en petits groupes et insuffler de la vie aux comités de l’association étudiante.

De plus, l’Auberge permet de l’entraide financière et logistique entre les étudiantes: budget, logistique de transport, cuisine collective, support émotionnel, contacts, groupe d’études et support pour les difficultés académiques et/ou de stage.

Les membres

L’Auberge autogérée des étudiantes sages-femmes québécoises est un organisme à but non lucratif qui a été créé par les étudiantes sages-femmes en octobre 2015. De par leur cotisation étudiante prélevée à même les frais de scolarité à chaque session, toutes les étudiantes sages-femmes de l’Université du Québec à Trois-Rivières sont membres de l’Association des étudiantes sages-femmes du Québec (AESFQ). En tant que membre de l’AESFQ, toutes les étudiantes sont automatiquement membres de l’Auberge autogérée des étudiantes sages-femmes québécoises (AAESFQ). De cette façon, toutes les étudiantes ont accès à tous les services offerts à l’Auberge, selon la disponibilité des lieux et les tarifs fixés.

Fonctionnement

Le but premier de l’Auberge est d’offrir aux étudiantes sages-femmes la possibilité de se loger simplement et à petit prix lors de leurs séjours plus ou moins long à Trois-Rivières.

Les chambres de l’Auberge sont réservées en priorité aux étudiantes ayant besoin d’un lieu de résidence pour les sessions complètes d’automne et d’hiver (principalement des étudiantes de premières années ou les étudiantes en stage à la Maison de naissance à Nicolet). Les dortoirs peuvent être utilisés par n’importe quelle étudiante ayant besoin d’un endroit où dormir à l’occasion. Le terrain permet l’installation de plusieurs tentes pour celles qui préfèrent coucher à l’extérieur. Nous réunirons les femmes habitant à l’Auberge avec leurs enfants au 2ièmeétage du duplex.

Les chambres privées sont louées pour des périodes de 8 mois. Pour l’utilisation du dortoir ou l’installation d’une tente à l’extérieur, les coûts sont à la nuit. Les prix sont toutes charges incluses (électricité et internet illimité). Grille tarifaire 2016-2017

Si vous avez d’autres questions concernant le mode de fonctionnement à l’Auberge, nous vous invitons à consulter le document Organisation de la vie commune de l’AAESFQ. Il répondra certainement à plusieurs de vos questions.

Comment réserver une chambre pour la session automne 2016?

Tu as été acceptée au programme et désire habiter à l’Auberge à partir de l’automne prochain? Quelle bonne nouvelle!!! Nous t’invitons à remplir le formulaire d’intérêt pour habiter à l’auberge et à nous le retourner le plus rapidement possible à aaesfq@gmail.com . La date butoire pour nous retourner le formulaire est inscrite sur la lettre de l’AAESFQ que tu as reçue avec ta lettre d’acceptation au programme.

Le comité de l’Auberge s’engage à aménager les chambres afin de répondre le plus adéquatement possible aux besoins et préférences des étudiantes désirant habiter à l’Auberge. Si des étudiantes désirent cohabiter dans une chambre, les chambres les plus grandes seront utilisées en premier lieu afin d’y mettre des lits superposés. Il ne sera pas possible de cohabiter pour plusieurs jours dans les chambres Kirwen, Brabant, Lavoie et Bégin. Une cohabitation à temps partiel lors des intensifs ou 1 fois par semaine pour la session d’automne serait par contre envisageable. Il est donc possible que des lits superposés soient également installés dans ces chambres pour une utilisation moins fréquente. Tout cela sera décidé en fonction des informations que vous nous ferez parvenir.

S’il ne nous est pas possible d’offrir de l’hébergement à toutes les personnes nous ayant envoyé une demande, nous effectuerons la sélection au moyen d’un tirage au sort.

Nous vous invitons maintenant à effectuer une visite virtuelle des 7 chambres disponibles pour la session automne 2016. Encore une fois, nous sommes désolées pour la qualité des photos et l’aménagement des pièces. Soyez assurées que la réalité sera beaucoup plus agréable que ce que vous allez voir.

Toutes les chambres viennent entièrement meublées : un lit simple confortable (superposé ou non), commode, bureau et chaise de travail et literie. Les planchers sont en bois franc ou en bois flottant et il y a une belle grande fenêtre dans chaque chambre. Il ne vous reste qu’à y mettre votre touche personnelle.

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Consultation populaire sur les services de sages-femmes au Québec

15.04.2016 Thématique: Actualités Aucun commentaire

CRÉDIT PHOTO: Émilie Bérangère Bergeron

Dans le cadre de la Semaine Mondiale de l’accouchement respecté, le Collectif Yoni organise une:

Consultation populaire sur les services de sages-femmes au Québec

Qui: femmes, familles, sages-femmes et étudiante, accompagnantes

Quand: de 9h30 à 16h30

Où: Lieu à détermine à Montréal, selon le nombre de participantes

Inscriptions avant le 1er mai obligatoires ici: www.yonifest.org/consultationpopulaire

Coût: 15$ (couvre la location de la salle)

_________________

Sous le thème du point 2 de la Charte des droits universels des femmes lors de la période périnatale soit ;  le droit d’être informée adéquatement, d’exprimer son consentement ou son refus libre et éclairé et d’exiger le respect de ses choix et de ses préférences, le Collectif Yoni vous invite à venir témoigner de vos expériences avec la profession sage-femme.. Cette consultation populaire s’adresse autant aux usagères et leurs familles qu’aux sages-femmes, étudiantes et accompagnantes.

 

Depuis la légalisation de la pratique en 1999, les services sages-femmes se sont transformés, tantôt pour répondre aux besoins des femmes, tantôt pour répondre aux besoins du cadre de pratique. Plusieurs acteurs font désormais partie du portrait: L’Ordre des sages-femmes, le Ministère de la Santé, le baccalauréat de l’UQTR.  Nous verrons lors de cette rencontre comment ces acteurs peuvent influencer le service offert aux femmes et la satisfaction de celles-ci. Cela amène le collectif à poser les questions suivantes:

Les services offerts correspondent-ils toujours aux besoins des femmes et de leur famille?

Les femmes et familles qui s’engageant dans un service de sage-femme cherchent-elles encore à la fois un accouchement naturel, un accompagnement personnalisé et un engagement communautaire? Les sages-femmes quant à elles sont-elles désormais contraintes à une pratique défensive et médicalisée?

Le Collectif Yoni cherche, via les témoignages de cette journée à savoir quels sont les éléments qui pourraient être améliorés pour que la profession demeure près des femmes et des familles. Pour mieux comprendre la dynamique qui encadre et régit la pratique et afin de créer des solidarités nouvelles, vous êtes les bienvenu(e)s!  Nous souhaitons entendre vos voix!

 

Plan de la journée :

9h30 Accueil

10h Cercle de bienvenue

10h15 Mise en situation du cadre de pratique sage-femme actuel

11h Partages et Témoignages

12h Dîner potluck

13h Suite des témoignages

14h Définir les buts à atteindre

16h30 Cercle de clôture

 

Pour vous inscrire : allez sur le site du Collectif Yoni: www.yonifest.org

Un service de garderie sera disponible sur place.

 

Faites circuler dans vos réseaux!

Merci et au plaisir de construire du sens avec vous!

L’Équipe du Collectif Yoni

 

CRÉDIT PHOTO: Émilie Bérangère Bergeron

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Le lièvre et la tortue : biomédecine et pratique sage-femme

14.04.2016 Thématique: Non classé Aucun commentaire

 

Approches féministes en santé

 

Le 5 décembre passé, nous étions une belle gang d’étudiantes sages-femmes, de sages-femmes et d’accompagnantes à la naissance réunies autour d’une table à la Maison Parent-Roback pour nourrir une réflexion autour du féminisme dans les soins de santé et de son implication dans la pratique des sages-femmes. Cet atelier, donné dans le cadre des formations offertes par l’AÉSFQ, était animé par deux femmes totalement inspirantes, Lydya Assayag et Isabelle Mimeault, du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF). Cet organisme est un vrai bijou, engagé dans la promotion d’une approche globale de santé et dans la défense des droits des femmes, valorisant leur autonomie et leur savoir quant à leur propre santé. Le RQASF a pour mission d’outiller les femmes et de conscientiser la société aux enjeux féministes en matière de santé en offrant de l’information objective par le biais des réseaux sociaux, de formations et d’ateliers, en plus de prendre la parole auprès du gouvernement et des institutions.

 

Paradigme biomédical et mise à l’écart des femmes

En début de journée, nous avons donc eu droit à une petite histoire de la santé et des différents facteurs ayant contribué à la mise à l’écart des femmes de ce domaine. L’installation du paradigme biomédical, du morcellement des corps où le seul objectif est de réparer, de traiter avec la pharmacologie et les techniques disponibles, sans égard à la globalité de l’être. Au nom de la science, tirer profit des avancées technologiques à tout prix, au détriment du bien-être et du respect des femmes. Contrôler le corps de celles qui portent la vie, de celles qui prennent soin de la relève, n’est-ce pas une bonne façon de contrôler la société? En leur enlevant toute confiance, tout pouvoir, en contrôlant jusqu’à leur image corporelle, il n’était plus à craindre qu’elles viennent ébranler la structure d’efficacité, de rentabilité et d’uniformité mise en place pour « soigner ». Aujourd’hui même, dans nos sociétés supposément égalitaires et évoluées, on retrouve cette mainmise du corps médical dans tout ce qui touche la santé des femmes, de la puberté jusqu’à la ménopause, en passant (ô combien!) par la maternité. Lydya et Isabelle nous ont illustré à quel point le contrôle de l’information est crucial et que beaucoup de médias, en quête de sensationnalisme, n’offrent pas toujours un discours objectif. Il est la plupart du temps basé sur la peur. Les statistiques sont une arme à double tranchant qu’on peut utiliser à sa guise et qui souvent, sorties de leur contexte, servent des discours biaisés qui influencent pourtant la vie de milliers de femmes à travers le monde. À nous d’être alertes, allumées, sceptiques, de nous interroger, de nous abreuver de sources fiables, indépendantes, crédibles pour partager de l’information juste aux femmes, avoir une pratique saine et reprendre possession de notre pouvoir sur nos corps et nos vies de femmes.

 

Violence obstétricale          

En après-midi, Lorraine Fontaine du Regroupement Naissance-Renaissance (RNR), nous a gracieusement partagé son expérience sur la violence obstétricale. De tous ses talents de conteuse, elle nous a raconté les femmes et leurs expériences douloureuses, inimaginables, mais vraies. De l’humiliation, de la peur, des accouchements volés, des traumatismes toujours présents des décennies plus tard pour certaines. Au cours de sa tournée du Québec dans le cadre du projet maternité et dignité (voir le site web du RNR), Lorraine a rencontré ces femmes qui ont osé briser le silence et révéler l’impact majeur que ces violences ont sur l’expérience d’enfantement des femmes. La violence obstétricale commence enfin à être reconnue, mais demeure une problématique émergente au Québec. Hélène Vadeboncoeur, chercheuse québécoise de renom, la définit comme suit :

 

« La violence obstétricale, une forme de violence systémique et institutionnelle, consiste en une intervention ou son absence par laquelle un ou une professionnelle de l’obstétrique cherche à contrôler une femme en train d’accoucher en utilisant des moyens de différents ordres, par exemple physique : la force, la contrainte; ou des dimensions psychologiques : la menace de force, l’intimidation, le dénigrement, l’hostilité, ou un geste posé sans son consentement libre et éclairé et explicite. (Dossiers de l’obstétrique, 2003, n° 317) »

 

Ainsi, les femmes et les professionnels de la santé pénètrent dans ce cercle de violence induit par une organisation des soins inadéquate, des pratiques inutiles, voire dangereuses, mais considérées « normales » et des protocoles qui ne répondent pas aux besoins individuels, faute de temps et de ressources. La violence obstétricale n’est donc pas le fait d’individus, mais d’un système, d’une société. L’organisation de la pratique et la philosophie des sages-femmes au Québec sont en quelque sorte une protection contre celle-ci, mais j’aimerais simplement inviter toutes celles qui liront ce texte à demeurer conscientes et vigilantes, à ne rien tenir pour acquis, afin que la violence ne se faufile pas dans une faille, car personne n’en est à l’abri.

 

L’approche globale et féministe de santé  

            L’approche globale et féministe de santé telle que présentée par le RQASF repose sur 8 « idées-forces » (voir le document Changeons de lunettes! sur le site web du RQASF) :

  • Elle implique une approche holistique, car elle considère que l’être humain est un tout, soit un corps et esprit qui interagit avec son environnement.
  • Elle s’ancre dans l’intersectionnalité en tenant compte des spécificités physiologiques et sociales des hommes et des femmes, telles que l’homosexualité, les handicaps, la pauvreté, etc.
  • Elle prend en considération les déterminants sociaux de la santé, tels que le revenu, la scolarité, l’environnement, l’émancipation des femmes, l’équité et le logement.
  • Elle mise sur la prévention et la promotion de la santé, plutôt que sur le curatif, et croit que la santé relève la justice sociale, donc de l’implication des instances concernées.
  • Elle se fonde sur l’autosanté, basée sur le respect, l’égalité et la prise en charge personnelle de sa propre santé.
  • Elle considère essentiel le droit à l’autonomie et au consentement éclairé, ce qui implique d’avoir accès à l’information nécessaire.
  • Elle encourage le sens critique par rapport aux savoirs universellement admis dans le domaine biomédical.
  • Elle est ouverte aux approches alternatives bien réglementées et encadrées pour assurer la sécurité et permettre un réel choix.

 

Cette manière de concevoir les soins de santé est très inspirante et résonne avec notre philosophie, mais implique un changement de paradigme social important qui mérite qu’on s’y attarde et qu’on participe à ce grand mouvement de réappropriation de la santé des femmes, qui est intimement lié à la légalisation de la profession au Québec. Hé oui, on a du pain sur la planche, mais on est capables! Au terme de cette journée, pas de doute dans notre petit groupe : la profession sage-femme est résolument féministe. Pour ma part, j’ai envie de la réfléchir comme telle, de la nourrir comme telle et de la porter comme telle. <3

 

Merci à Isabelle, Lydya et Lorraine d’avoir si bien animé cette journée.

Merci à Mélanie pour l’organisation et le délicieux dîner.

Merci à toutes celles qui étaient présentes d’être si inspirantes et engagées.

 

Quelques suggestions de lecture :

  1. L’histoire du féminisme raconté à Camille de Micheline Dumont, aux Éditions du remue-ménage (2008)
  2. Les femmes changent la lutte, sous la direction de Marie-Ève Surprenant et Mylène Bigaouette, aux Éditions du remue-ménage (2013)
  • Manuel de résistance féministe, de Marie-Ève Surprenant, aux Éditions du remue-ménage (2015)
  1. Second début : Cendres et renaissance du féminisme, de Francine Pelletier, Atelier 10 (2015)

Sites web :

http://rqasf.qc.ca

http://www.naissance-renaissance.qc.ca

 

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Visualisation pour les fausses couches

Visualisation pour les fausses couches

Avant de commencer avec un individu ou bien un groupe, il est important de bien expliquer le phénomène de la fausse couche.

Tout le monde est bien installé et confortable.

Explication :

La conception produit un zygote. Après la formation de ce zygote, pendant 14 jours il y a une division cellulaire effrénée et la formation d’une jolie grappe de cellules. Pour simplifier la génétique à ce moment-là, cette grappe de cellules commence à se diviser: 1/3 deviennent des cellules molles (organes, peau, muscles, tissus, etc.), 1/3 deviennent des tissus durs (les os, le cartilage, les tendons, les dents, les cheveux, etc.) et 1/3 deviennent placenta, cordon, membranes, etc.

À ce moment-là, je demande au groupe s’ils ont déjà eu un jardin. Si oui, je demande combien de graines de carottes ils ont plantées. Les gens savent en général que chaque graine ne donne pas une carotte; c’est la même chose avec une fausse couche. C’est impossible que chaque conception devienne un bébé vivant. Les statistiques disent qu’entre 35 et 70 % des conceptions ne se rendent pas à terme (les femmes ne savent pas çà). Le corps va expulser une grappe de cellules qui n’est pas viable. C’est la nature; il manque des os, il manque un cœur… Un œuf clair est un placenta avec le cordon et tout, mais pas de tissus mous ou durs. Pour la femme, c’est déjà un personnage qu’elle voit dans sa vie, sa journée et sa famille. C’est un deuil de ce qui aurait pu arriver.

Dans les années 1940 et 1950, les médecins donnaient des injections d’hormones pour permettre à la femme de continuer sa grossesse si elle avait des signes de fausse couche. Ce qui est arrivé: il y avait des bébés déformés, handicapés et non viables. Alors cette pratique a été abandonnée et il n’y avait plus d’interférences avec les fausses couches en train de se produire.

Après cette information, je réponds aux questions.

Quand tout le monde a complété cette partie, nous passons à l’étape de s’allonger pour faire la visualisation. Lorsque tout le monde est confortable et bien installé avec son oreiller ou son coussin pour les genoux ou bien une couverture pour les frileuses, je mets une musique douce et relaxante.

La visualisation commence par une détente de tout le corps; j’invite les gens à s’abandonner dans la relaxation. Après une bonne détente, je demande aux femmes de sentir, visualiser ou imaginer leur utérus. La femme imagine qu’elle est dans son corps et elle est capable de recevoir les sentiments et les « feelings » de cette partie du corps. Elle imagine son utérus comme un organe de génération de vie et elle le remercie d’avoir eu une conception.   Finalement, nous mettons de la lumière à l’intérieur et tout autour de l’utérus en le remerciant pour son pouvoir de reproduction et en lui disant comment il est apprécié et aimé.

Aller lentement dans la visualisation, laisser les personnes prendre le temps de sentir et de vivre le processus. Après, on revient en groupe en position confortable. J’invite tout le monde à partager son vécu si désiré. Si c’est en individuel, on offre un câlin. Nous restons attentives à leur besoin de parler ou de s’exprimer.

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La tente rouge

«La tente rouge est installée au centre de la pièce. Les pans de tissus rouges délimitent cet espace que nous ne voyons pas encore en entrant. Une musique douce berce notre arrivée et un doux parfum d’huile essentielle émane de la tente.

La gardienne nous accueille, elle est chaleureuse et nous invite à nous installer. Le voile se soulève. Pénétrer dans cet espace me ravit. L’énergie y est douce et accueillante. Des coussins sont disposés sur le sol, des bougies éclairent le centre. Je choisis ma place, un peu inquiète de ce qui va se passer. Que vais-je dire? Puis-je tout dire? Que se passe-t-il réellement dans une tente rouge?

Malgré mes appréhensions, je me sens déjà bien, en confiance, dans ce cocon, avec des femmes que je ne connais pourtant pas personnellement.

J’ai l’impression d’être déjà au cœur de moi, dans cet espace secret que je partage très rarement. Mes angoisses, mes peurs, mes blessures. Pouvoir les dire encore. Pouvoir être écoutée. Rire ou pleurer, sans justifier, sans expliquer, sans rationaliser. Me sentir avec mes sœurs, celles qui comprennent sans juger ou qui ne comprennent peut-être pas, mais qui m’acceptent telle que je suis.

Ça y est. Toutes les femmes sont installées et la porte faite d’un voile si léger est refermée.

Je me sens à l’intérieur de moi dans cet espace vêtu de rouge. Je me sens fragile et j’ai un peu peur. Je me dépose un peu plus sur mon coussin.

La gardienne nous sert une tisane, c’est chaud, ça fait du bien.

Elle prend la parole et énonce les «règles» pour le bon fonctionnement de ce cercle :

«Bienvenue à toutes, cette tente rouge est un espace que nous ouvrons aujourd’hui pour nous retrouver entre femmes, partager un moment et déposer une histoire au centre du cercle. Le rouge symbolise la matrice, le féminin, c’est le rappel de notre sang qui s’écoule lors de nos lunes, du sang qui nourrit notre matrice.

Lorsque vous serez prêtes, chacune à votre tour, vous pourrez prendre cette roche qui sera notre pierre-ronde-de-parole et vous pourrez aussi mettre une goutte de cette huile essentielle de rose sur votre cœur avant de parler.

Chaque femme se présente par son prénom puis partage ce qu’elle désire déposer au cœur de la tente. Nous l’écoutons. Il n’y a aucun commentaire ou conseil. Chacune parle au Je, dépose ce qui monte en elle à cet instant et les autres l’écoutent avec le coeur. Il est important de respecter la confidentialité : ce qui se dit sous la tente ne doit pas être divulgué à l’extérieur afin que chacune se sente en sécurité pour dire sans crainte ce qui l’habite.

Un temps de silence de quelques minutes est observé entre chaque prise de parole afin d’intégrer ce qui est dit.

Nous allons débuter par une courte méditation qui va nous permettre de nous déposer dans cet espace, disponible à ce qui se vit ici maintenant.»

 

Je me laisse aller dans un état plus tranquille, présente à moi et à ces femmes autour de moi. Je suis toujours un peu inquiète, mais en même temps heureuse d’être là avec ces femmes de tous âges et cette gardienne qui me rassure et qui semble bienveillante, présente à nous.

Je ferme mes yeux et j’écoute sa voix qui me guide vers cet espace à l’intérieur de moi dans lequel je trouverai peut-être quelque chose à raconter dans cette tente très rouge… Car pour l’instant, je ne sais pas du tout ce que je vais partager.»

 

J’ai personnellement expérimenté ma première tente rouge dans un colloque de doulas à Paris en 2010.

Je décidais quelques mois plus tard d’en proposer au Québec, parmi les activités du centre Pleine Lune. C’est le roman d’Anita Diamant, intitulé La Tente Rouge[1], écrit en 1997, qui a inspiré le mouvement des tentes rouges sur les continents européen et américain. Ce livre met en scène une version romancée d’un épisode de l’Ancien Testament et nous fait découvrir ce lieu de rencontre réservé aux femmes, dans lequel elles s’isolaient pendant leurs règles, où elles mettaient au monde leur bébé et y célébraient la puberté des jeunes filles. Elles vivaient sous la tente des moments de sororité, partageant leurs secrets, loin du monde des hommes.

Le rouge symbolise le sang de la matrice, des règles et de l’accouchement. La tente rouge devient le symbole de ce qui appartient en propre aux femmes.

Le mouvement Bold[2] qui s’est donné pour mandat de rendre la prise en charge médicale de la grossesse mother-friendly, a également contribué à médiatiser le phénomène des tentes rouges aux États-Unis.

 

Au Centre Pleine Lune, je suis souvent interpelée par des femmes, qui, après avoir accouché en milieu hospitalier, vivent une insatisfaction profonde, une douleur intérieure, voire de la colère.

Elles cherchent une explication ou simplement une oreille attentive à leur histoire, sans se sentir jugées. Quoi qu’il se passe, quels que soient le lieu d’accouchement et l’environnement choisi, la vague déferlante d’émotions intenses et insoupçonnées surprend souvent les femmes et leur entourage après l’accouchement.

Et le milieu médical que je côtoie dans ma pratique a tendance à rationaliser tout ce qui se passe autour de cet évènement et à en exclure le côté initiatique et transformateur.

L’absence de rituels, d’espaces de rencontres intergénérationnels et de transmission entre femmes laisse souvent ces dernières sans ressources et isolées après leur accouchement.

La tente rouge rouvre cet espace de rencontre entre femmes dans lequel l’écoute, la bienveillance et l’accueil de ce qui se vit sont privilégiés. C’est un lieu sacré dédié au féminin, à la maternité, à la sexualité et aux passages de vie. Dans ce cercle, la vie se raconte entre femmes et déborde parfois de la seule maternité.

Quelles que soient les cultures, nous retrouvons des cercles de paroles, de partage entre femmes, depuis la nuit des temps. Ce sont des lieux d’échange, de transmission intergénérationnelle et de célébration des évènements de la vie sexuelle des femmes, de la puberté à la ménopause.

Dans la tradition amérindienne, par exemple, la Moon Lodge était l’endroit où se réunissaient les femmes pendant leur temps des lunes (les menstruations), considéré comme un temps sacré durant lequel elles se mettaient en lien avec leur intuition et s’éloignaient de la communauté.

 

«Une femme ose prendre la roche, dépose une goutte d’huile essentielle de rose sur son cœur, ses poignets et prend le temps de humer ce doux parfum. Elle débute son partage, pleure beaucoup et son histoire me transporte au coeur de la mienne. Tant de similitudes me bouleversent. Elle a osé en parler… merci. Ça me fait du bien de constater que d’autres femmes vivent les mêmes émotions. Je ne suis pas anormale.

La gardienne, plus âgée que nous toutes, écoute, calme, bienveillante, rassurante dans sa présence. Elle est totalement à l’écoute de chacune et semble canaliser ce qui se dit afin que les mots circulent en nous, mais ne s’y arrêtent pas.

Je me sens comme avec ma mère qui savait si bien écouter mes blessures d’enfant. Je pouvais tout lui dire, nichée au creux de ses bras. Elle m’aimait, me berçait et je retrouvais la paix en moi.

C’est bon de revivre un tel espace d’amour, soutenue par d’autres femmes. Je me dépose encore un peu plus. Mais je ne sais pas encore ce que je vais dire…

 

Finalement, je ne parlerai pas. Je me présente, mais les émotions sont si fortes que je ne peux que pleurer. Elles me laissent pleurer et ne cherchent pas à en savoir plus. Mon cœur remercie d’avoir rencontré ces femmes.

 

À la fin, la gardienne propose que l’on se donne la main dans le cercle et à nouveau nous fermons nos yeux. Je ressens beaucoup d’amour. Puis elle passe un ruban rouge que nous enroulons toutes autour d’un poignet. L’une après l’autre, nous coupons le fil et créons un bracelet qui nous rappellera cette rencontre. La tente rouge se termine. Une des participantes entonne un chant très simple et doux et petit à petit, nous reprenons le refrain en chœur.

Et puis la porte de la tente s’ouvre, mais nous n’avons pas envie de partir, bien au chaud dans cet espace de sororité que j’ai vécu rarement dans ma vie.

Nous nous serrons longuement dans les bras avant de repartir vers nos quotidiens respectifs.»

 

La gardienne est en général une femme d’expérience qui peut se déposer dans une présence d’amour, accueillant tout ce qui se dit dans la tente. Parfois, il arrive qu’une ainée, une doula ou une sage-femme d’expérience, se joigne à la gardienne afin de soutenir ensemble toutes ces femmes plus jeunes, en questionnement ou blessées et vulnérables. Se rassembler pour ne plus porter seules des bagages trop lourds.

Les femmes ressortent soulagées, tranquilles, calmes grâce à cette qualité de présence et d’écoute dont elles ont bénéficié.

Miranda Gray, dans son livre Lune Rouge, décrit toutes les facettes du cycle menstruel des femmes et les rituels qui vont les soutenir tout au long de leur vie. Elle explique, entre autres, qu’après l’accouchement, les femmes retrouvent leurs cycles et ont souvent besoin de se replier à l’intérieur d’elles-mêmes afin de renouer avec leur nature cyclique. À ce moment-ci de leur vie, elles sont souvent totalement investies de la Mère et, plus tard, avec le retour des menstruations, elles ont besoin de ce retour à leur nature féminine.

Je pense que le passage dans la tente rouge au cours de la période postnatale aide les femmes à intégrer leur expérience de la maternité. Entourées des femmes de leur communauté, elles peuvent plonger à l’intérieur d’elles-mêmes, aller se régénérer, retrouver leur source et pacifier leurs expériences difficiles.

 

Une tente rouge peut être ouverte sans être axée sur la maternité, par exemple lors du festival du féminin[3], où elle est ouverte sans thème particulier. Entre les rencontres, nous laissons la tente disponible pour venir se reposer, méditer dans cet espace silencieux. L’année dernière, une tente rose y a été offerte pour les jeunes filles.

Il existe aussi des tentes bleues dans certaines communautés, dédiées aux hommes et tenues par un homme.

 

«Je repars la paix au cœur, soulagée, joyeuse dans mon cœur et surprise du bienfait de cet espace de sororité sans échanges verbaux. Empathie, bienveillance et amour étaient présents et m’ont permis de pacifier et libérer mon trop-plein d’émotions.»

 

Une tente rouge peut avoir lieu dans une maison, dans un tipi, en pleine nature, dans une yourte… Il est intéressant d’offrir également cet espace sacré dans des évènements grands publics afin de faire goûter cette sororité aux femmes qui n’y ont pas accès dans leur communauté. Réintroduire des rituels dans nos vies et des cercles entre femmes fait partie du réenchantement du monde. Ces cercles nous rassemblent dans notre essence, au-delà des mots et apportent une dimension rituelle et symbolique qui nourrit les cœurs et relie les participantes dans un espace sacré.

 

 

Isabelle Challut, fondatrice du Centre Pleine Lune, doula et infirmière. Auteure de plusieurs livres, elle enseigne, accompagne et guide les femmes avec joie et passion.

www.centrepleinelune.com

 

[1] http://anitadiamant.com/books/the-red-tent/overview/

[2] http://yourboldbirth.com/projects/

[3] http://www.festivaldufeminin.com

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Femmes et sages-femmes militant côte à côte : une affaire du passé?

Femmes et sages-femmes militant côte à côte

Le Regroupement Naissance-Renaissance (RNR) est un regroupement d’organismes communautaires en périnatalité qui œuvre à la croisée du mouvement d’humanisation des naissances, du mouvement féministe et du mouvement communautaire. Le RNR a lutté pour l’accouchement à domicile, pour le développement de nouvelles maisons de naissance, pour le régime québécois d’assurance parentale, pour la place des femmes et des familles dans les maisons de naissance, pour le droit à l’égalité entre les femmes et les hommes et entre les femmes elles-mêmes. Ces luttes ont été menées avec d’autres femmes qui croient en la capacité des femmes d’accoucher dans leur plein pouvoir et qui croient profondément que toutes les femmes qui choisissent d’avoir un enfant ont le droit de vivre leur maternité dans la dignité et le respect.

 

Femmes et sages-femmes militant côte à côteLe RNR fut fondé en 1980 par des femmes, des familles et des sages-femmes dans la foulée des colloques Accoucher où se faire accoucher auxquels plus de 10 000 femmes ont participé. Le RNR a été de toutes les luttes pour la réinstauration de la pratique sage-femme au Québec. Au cours des années, il a mis en place des coalitions, revendiqué des droits, développé des formations, réalisé des recherches et s’est mobilisé avec des milliers de militantes de tous horizons. Au fil des ans, le financement du RNR a fondu, entraînant une diminution importante des travailleuses (de 5 travailleuses à temps plein à 2 personnes à temps partiel). Cette situation financière toujours plus précaire est le lot des groupes communautaires. Pourtant, les enjeux auxquels les nouveaux parents se butent se sont multipliés. Se sont aussi multipliés, les groupes privés et lucratifs qui offrent leurs services en périnatalité aux parents-clients. Tout ça fait l’affaire des élus, qui eux mettent en place les outils pour orchestrer le désengagement du gouvernement envers les populations les plus démunies et qui mettent en place des lois contre l’engagement citoyen. Ainsi, les groupes communautaires poursuivant leur mission se sont trouvés de plus en plus obligés de tarifier pour leurs services et de trouver d’autres sources de financement. La société aussi a évolué, passant d’une société axée sur les droits universels à la santé, l’éducation et le bien-être de tous les humains à une société beaucoup plus individualiste. En conséquence, nous sommes tous moins disponibles pour faire la défense de droit, la sensibilisation, la formation et pour militer ensemble pour nos droits. C’est une vieille stratégie de nous obliger à nous tourner vers notre survie et ainsi nous éloigner de nos actions collectives. Mais les êtres humains sont résilients et les femmes et sages-femmes encore plus résilientes. On ne baissera pas les bras aussi vite que ça. On continuera de réclamer une pratique sage-femme et des accouchements à la hauteur de nos rêves.

Le lien entre les sages-femmes et les femmes n’est pas sorti indemne de tous ces chavirements de société et de l’impact opprimant du néo-libéralisme. Quand on s’insère dans un système, il faut prendre garde au loup qui guette dans des lieux sournois et parfois surprenants. Comment alors dénoncer les injustices et revendiquer des changements dans une société qui cherche tant à faire taire la dissidence ? Comment porter la voix citoyenne à ceux qui font la sourde oreille et qui se croient les seuls « expert(e)s » ? On n’a pas d’autre choix. C’est incontournable de faire preuve de créativité et de réinventer nos actions avec de nouvelles personnes qui à leur tour se questionnent sur le statu quo en obstétrique, qui optent pour des alternatives à la vision biomédicale de la grossesse et l’accouchement et qui trouvent des moyens créatifs pour continuer d’agir selon leurs convictions.

Depuis quelques années, on sent un vent de renouveau. Les étudiantes sages-femmes osent s’exprimer sur la place publique par des moyens ludiques et créatifs, des groupes se constituent pour se remémorer nos croyances profondes en le potentiel transformateur de l’accouchement, des sages-femmes autochtones œuvrent pour la réinstauration de leur modèle de pratique, des chercheurs se penchent sur des questions difficiles telles que la violence obstétricale, des groupes communautaires, des professionnel(le)s, des associations et même des entreprises osent dénoncer ensemble le démantèlement de nos services publics. Tout cela a insufflé un souvenir de notre puissance comme citoyen(ne)s et nous a rappelé notre grande créativité collective.

Devant tout cela, que fait le RNR? Il s’est retroussé les manches, a reconstruit ses alliances et s’est penché sur des questions difficiles :

Comment nommer et comprendre les souffrances et les détresses que continuent de vivre des milliers de femmes lors de leurs accouchements ?

Comment stimuler la fibre militante et citoyenne pour qu’elle surmonte ses propres peurs et ose dénoncer à nouveau les injustices et proposer des solutions alternatives ?

Comment entrer en dialogue avec les « experts » en obstétrique pour leur faire comprendre l’importance de respecter les droits des femmes en période périnatale ?

Comment actualiser notre mission et rallier nos membres et alliés pour des causes communes ?

Pour ce faire, on collabore avec des chercheurs, on apprend de nouvelles façons d’animer et de mobiliser, on explore de nouvelles avenues, on construit de nouvelles alliances, on continue de croire en la capacité humaine d’aimer, de respecter, de grandir ensemble, de s’ouvrir à de nouvelles possibilités. Et concrètement, ça veut dire quoi tout ça?

Depuis plusieurs années, le RNR cherche des moyens pour mettre en lumière des situations inacceptables qui perdurent. L’une des stratégies employées est la réalisation d’une étude exploratoire avec des chercheurs de l’Université de Montréal (Rodrigez del Barrio, Vadeboncoeur, St-Amant, Fontaire, & Hivon, 2010). Malgré toutes ces années de travail, il est encore considéré tabou de nommer violence ce que vivent de nombreuses femmes lors de leurs accouchements. Pourtant les mots qu’elles utilisent s’apparentent à ceux utilisés par des femmes victimes d’abus sexuels et de violence à caractère sexuel. Nous entendons trop souvent une souffrance profonde qui a le potentiel d’avoir un impact de longue durée sur la confiance qu’ont les femmes en leurs corps et en leurs capacités d’être mères. Cette première étude posait la question : « Est-ce que l’accouchement en établissement peut mener à de l’abus, de la négligence, voire même de la violence ? » L’analyse de plus de 100 récits d’expériences d’accouchements nous a révélé que la source des problèmes réside en grande partie dans la structure du système de soins entourant la maternité. Les pratiques, les protocoles, l’organisation des soins sont tous basés sur une efficacité qui nie la nature profondément personnelle de l’expérience de l’accouchement. C’est en grande partie la gestion active et la pathologisation d’un événement humain et la primauté du langage de risque et de peur qui ont un impact sur les attitudes des pourvoyeurs de soins et aussi sur les femmes elles-mêmes. Ce que nous dénoncions dans les années 80 a-t-il été normalisé, aseptisé, décoré, déguisé? Les résultats de cette recherche, non publiés encore, ont été présentés à plus d’une douzaine de colloques au Québec, au Canada et à l’international. Les résultats font également partie du cursus de la thèse doctorale en sémiologie de Stéphanie St-Amant, chercheuse qui nous rappelle l’histoire et qui nous invite à réinventer comment nous parlons de nos corps, nos accouchements et nos pratiques. Ces recherches ont déjà porté leurs fruits et trouvent résonance dans les études qui surgissent dans de multiples pays se posant des questions semblables.

Assistons-nous à l’implantation d’un nouveau paradigme entourant l’accouchement? Tel le changement de la marée dans la baie de Fundy, c’est précisément au tournant que la plus grande résistance est sentie. En même temps qu’on voit des attaques aux droits reproductifs, on assiste à la criminalisation du droit des femmes de choisir comment accoucher. C’est en dire long quand une femme américaine qui refuse une césarienne se voit arrêter par la police et imposer une césarienne de force pour finalement se faire enlever son bébé. Tout ça parce qu’elle a refusé de se soumettre au dictat médical. C’est en dire long quand une femme québécoise en train de réaliser un AVAC se voit imposer la méthode de Kristeller malgré ses cris de douleurs et sa demande répétée d’arrêter. Cette violence systémique révèle un système au service des protocoles et non au service des personnes qui devraient pourtant être au cœur des soins. Chaque fois que nous avons parlé de violence obstétricale devant des intervenants du réseau de la santé, ils deviennent très inconfortables, voire rébarbatifs et sur la défensive. Pourtant il ne s’agit pas d’accusation d’individus, mais plutôt d’analyse d’une structure très hiérarchisée et peu ouverte aux solutions de rechange à l’approche biomédicale. Je postule aussi que les intervenants eux-mêmes peuvent être traumatisés par la violence obstétricale et que les intervenantes communautaires telles les accompagnantes à la naissance et les étudiantes sages-femmes peuvent être victimes de violence vicariant (c’est-à-dire par ricochet de la violence témoignée à multiples reprises).

Dans les 10 dernières années, on a aussi vu l’apparition de lois définissant la violence obstétricale en Amérique latine; des initiatives internationales (Initiative internationale pour l’accouchement mèrEnfant, Respected Maternity Care de l’Alliance du ruban blanc) ainsi que des écrits sur le sujet en Europe (l’auteur Soo Downe, le CIANE, l’AFAR), des recherches dans les pays d’Afrique et d’Asie ainsi que de nombreux films plaidant le droit à l’intimité et l’importance de l’accouchement physiologique sur un plan tant personnel que sociétal. La déclaration de l’OMS sur l’importance du respect lors de l’accouchement est un tournant qui souligne que la qualité des soins dépend également de la qualité de l’expérience de la personne concernée. Ceci n’est qu’une infime partie des efforts faits partout dans le monde pour s’interroger sur la surmédicalisation de l’accouchement et prôner les bénéfices de la physiologie.

Lorsqu’une bonne idée trouve écho dans plusieurs pays et s’exprime presque simultanément par de nombreuses personnes c’est que nous assistons à un changement de paradigme. Prenons courage alors, car les résistances semblent se multiplier! Le RNR mène actuellement l’étude « Détresse, souffrance et violence lors de l’accouchement : de la clarification conceptuelle à l’élaboration de stratégies de transfert de connaissances », avec des chercheuses en sexologie à l’UQAM, Sylvie Lévesque (UQAM), Manon Bergeron (UQAM), Lorraine Fontaine (RNR) et Catherine Rousseau (UQAM). Les connaissances que nous acquérons seront importantes pour les femmes et les intervenant(e)s qui agissent auprès d’elles lors de la période périnatale et permettront la tenue de réflexions sur cette problématique émergente. Nous sommes persuadées que les résultats s’ajouteront aux nombreuses stratégies mises en place actuellement pour améliorer les soins et pour assurer le respect des droits de toutes les femmes et personnes qui accouchent en période périnatale.

Parallèlement à ces études, le RNR s’est formé auprès de Majo Hansotte, philosophe, auteure et animatrice belge qui a développé le concept et le processus d’intelligences citoyennes. Ce processus est pour nous, et toutes celles qui l’ont vécu, une réaffirmation de notre intelligence irréfutable comme citoyen(ne)s et un renouement avec le processus d’empowerment inspirant qui insuffle une nouvelle créativité dans les actions du RNR depuis quelques années. Nous l’avons adapté pour la réalité québécoise et la situation de la périnatalité dans le guide Maternité et intelligences citoyennes : Comment prendre sa place dans l’espace public, qui propose un processus interactif pour renouer avec notre voix citoyenne. Convaincues de la puissance et de la pertinence de cette méthode, nous nous sommes tournées à nouveau vers des femmes pour entendre leurs vécus et chercher ensemble de nouvelles voies. Cette fois-ci, certaines de l’importance d’une approche intersectionnelle, nous nous sommes tournées vers des femmes jusqu’alors peu en contact avec le mouvement d’humanisation des naissances. Le RNR a co-créé des ateliers sur le thème « maternité et dignité » avec des femmes vivant à l’intersection de nombreux systèmes d’oppression : femmes sourdes, jeunes, en situation de handicap, racisées, immigrantes, vivant en région éloignée, etc. Pour ce faire, nous avons fait de nombreuses démarches vers des groupes qui assurent des services à ces femmes et nous avons fait appel à des bénévoles incluant des étudiantes sages-femmes qui ont fait leurs stages avec nous. Nous avons donné des ateliers aux Îles-de-la-Madeleine, en Abitibi, à Rimouski et partout dans la région de Montréal avec des centaines de femmes. Leurs histoires et leurs idées ont été rassemblées dans un zine Maternité et dignité qui est disponible auprès du RNR et sur le blogue materniteetdignite.wordpress.com.

Devant les multiples stratégies employées pour faire taire nos voix citoyennes, je plaide que non, ce n’est pas l’affaire du passé ! La militance femmes et sages-femmes et citoyens et citoyennes de tous horizons est loin d’être désuète. Il est temps à nouveau d’unir nos voix pour clamer haut et fort ensemble que c’est assez. C’est le temps de se rallier à nouveau et de dénoncer les injustices vécues par bien trop de femmes venant des quatre coins de la terre et de tous horizons. Nous vous invitons donc à participer aux actions culminant par la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (SMAR) en mai 2016. Nous imaginons déjà des actions régionales autour des thèmes « maternité et dignité » et « violence obstétricale », des soirées cinéma, des panels de discussion et des conférences, des actions de défense de droits, des cafés-causeries, des lettres ouvertes dans les médias ainsi qu’une campagne dans les réseaux sociaux. Certes, on ne peut pas faire ça seules. Nous invitons les membres du RNR, les groupes et les femmes ayant participé aux ateliers « maternité et dignité » ainsi que tous les réseaux, alliances et personnes intéressés et préoccupés par le sujet à communiquer avec nous et à participer à ce qui pourrait être un des tremplins vers un nouveau paradigme entourant la naissance. Communiquez avec nous par courriel : info@naissance-renaissance.qc.ca ou par téléphone : (514) 392-0308.

 

Biographie de Lorraine Fontaine

Coordonnatrice au Regroupement Naissance-Renaissance (RNR)

 

Animatrice, conférencière et formatrice, Lorraine Fontaine travaille au RNR depuis 2002. Comme porte-parole des femmes et du mouvement communautaire en périnatalité, Lorraine Fontaine siège au nom du RNR sur des comités du Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec ainsi que sur des comités d’initiatives internationales pour le respect des droits des femmes visant l’optimisation des soins maternels et infantiles. Elle a notamment contribué à la rédaction de la Charte internationale pour le droit des femmes en période périnatale mise de l’avant par la White Ribbon Alliance for Safe Motherhood.

 

À titre de coordonnatrice de la Coalition pour la pratique sage-femme, Lorraine a été porte-parole lors d’événements publics, de conférences de presse et de rassemblements devant l’Assemblée nationale. Son expérience de nombreuses années et son expertise dans l’approche globale et féministe de la santé des femmes amènent Lorraine Fontaine à participer à de nombreux lieux de concertations où elle bonifie les discussions et travaux par son analyse des enjeux politiques et sociaux liés aux droits des femmes en période périnatale. Sa capacité à rallier des partenaires autour de causes communes a mené à la réalisation de plusieurs recherches qui font avancer la réflexion collective sur les droits des femmes et des familles au Québec.

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La santé chez les sages-femmes et étudiantes sages-femmes

La sage-femme, une professionnelle de la santé…

 

Depuis le cégep, je suis habitée par l’adage de Gandhi qui dit : « Soyons la différence que nous voulons voir en ce monde ». C’est pour ça que j’ai voulu et que je veux toujours être sage-femme. Pour contribuer à vivre dans un monde avec plus de sens, de sacré, de conscience et pour que les femmes reprennent le pouvoir sur leur santé. Mais force me fut de constater que le processus d’apprentissage et le métier de sage-femme ne sont pas toujours aussi bons pour la santé que je l’aurais souhaité. J’ai constaté en stage qu’il est souvent difficile d’appliquer à nous même ce que l’on conseille aux femmes.

 

Depuis mon congé de maternité, je vois les offres de postes se multiplier dans presque toutes les maisons de naissance. Beaucoup partent en congé de maternité, certes, mais beaucoup d’autres aussi partent en congé de maladie et certaines quittent carrément la profession. Même constat chez les étudiantes. Il semble aussi que plusieurs sages-femmes, après 4 ou 5 ans de pratique, se tournent vers des postes de gestion ou d’enseignement. Cela me mène à croire que la communauté étudiante et sage-femme semble vivre une certaine « crise de santé ». De quelle manière peut-on donc être sage-femme ou étudiante et demeurer saine de corps et d’esprit ? Je ne prétends pas détenir les réponses, je souhaite seulement soulever certaines questions.

 

Le congé de « maladie » en question

 

On dit que dans la Chine ancienne, les médecins étaient payés lorsque leurs patients étaient en santé et non lorsqu’ils requéraient des soins. Mythe ou réalité ? Peu importe, cet adage met en évidence l’incohérence de notre système de « maladie » contemporain. Comment se fait-il que nous ne puissions pas prendre des congés de santé préventifs afin de nous « refaire une santé » au moment où on se sent devenir plus fatiguée, plus fébrile ou si on n’a simplement plus le cœur à l’ouvrage ? Parfaitement inscrite dans cette logique de système de « maladie » et non pas de santé, notre entente actuelle ne nous permet pas de prendre de congé sans solde. Notre seule option en situation de santé fragile est donc d’attendre d’être au bout du rouleau, en burnout, pour se voir reconnaître le droit de prendre soin de notre santé fondamentale face à nous-mêmes et à nos pairs, alors que notre santé est hypothéquée et qu’il faudra forcément un long congé pour nous remettre sur pied… Alors qu’il est finalement trop tard.

 

L’héritage judéo-chrétien

 

Que l’on en soit conscient ou non, notre héritage culturel catholico-judéo-chrétien joue énormément sur notre construction collective du mythe de la bonne sage-femme. Celle-ci, anciennement sœur et religieuse « entièrement dévouée », sert les femmes par amour et vocation, et exerce une influence plus ou moins importante sur chacune d’entre nous. Elle est toujours de garde dans la joie et l’amour de ce qu’elle fait parce que pour elle, c’est tellement plus qu’un travail être sage-femme ! Elle est toujours disponible, jamais trop fatiguée, n’a jamais besoin de concilier travail et famille puisque la pratique sage-femme est sa vocation. Si l’on part de l’idée que cette sage-femme est glorifiée, il est normal d’imaginer qu’un grand nombre ne se sentent pas à la hauteur, coupables, essoufflées…

 

Il est facile d’imaginer le malaise que plusieurs sages-femmes peuvent ressentir à mettre leurs limites, là où d’autres n’en mettent pas. Alors, pensons un peu à celle qui prendrait un congé de santé préventive pour prendre soin d’elle… J’entends déjà les commentaires: était-elle vraiment au bout du rouleau, assez pour se « mériter » un tel repos ? Nous avons du chemin à faire pour que celle-là soit reconnue auprès des institutions qui nous dirigent, mais aussi devrons-nous travailler à nous légitimer entre nous-mêmes ! Il me semble difficile d’envisager une réponse positive dans le système actuel, dans lequel un grand nombre de sages-femmes vivent une certaine dose de surmenage sans que cela soit reconnu… Dans un système hiérarchique où la vocation a été institutionnalisée et où les gardiennes de la bonne morale sage-femme (enseignantes, Ordre) ne pratiquent souvent plus depuis plusieurs années.

 

 

Le ressourcement

 

Il est clair qu’accompagner les femmes, les couples et les bébés dans leur grand passage à la famille peut être très nourrissant. Or la vie est parfois imparfaite et tout ne se déroule pas toujours comme les parents ou nous l’aurions souhaité. Dans ces cas-là, même si l’issue est positive, la sage-femme a parfois perdu quelques plumes au détour d’une situation d’urgence intense, d’une série d’accouchements, une accumulation de nuits blanches ou de trop grosses journées de clinique. Il est donc important de s’offrir un espace pour se ressourcer pour une santé fondamentale personnelle et professionnelle. Néanmoins, pour que cela soit possible dans la réalité, il est essentiel que la structure qui encadre nos études et notre pratique reconnaisse cela comme primordial et élève le ressourcement comme élément indispensable à la pratique. Naturellement, pour ce faire, il faudrait prévoir des plages horaires consacrées à cela dans l’équation (ce que je suppose être complexe, mais pas impossible) des sessions et des horaires de gardes.

 

Jeen Kirwen m’a dit un jour qu’avant la légalisation de la pratique, les sages-femmes qui se regroupaient au sein du Regroupement pour la légalisation de la pratique sage-femme s’étaient entendues que, pour être une bonne sage-femme équilibrée, la formation devait être divisée ainsi : un tiers de pratique, un tiers de théorique et… un tiers de RESSOURCEMENT ! Dans la réalité étudiante actuelle, il semble presque inimaginable que cela soit possible et pourtant, c’étaient les conditions d’apprentissage que s’étaient donné plusieurs sages-femmes de cette époque. Malheureusement, nous sommes bien loin de cela au baccalauréat en pratique sage-femme en 2016. Peu d’espaces sont prévus pour respirer, philosopher et se soutenir au travers des multiples travaux à produire. Je me permets de rêver tout haut… Parfois, les rêves font des petits…

 

Le Sisterhood ou les cercles de partage

 

 

Pour que le ressourcement en question soit possible, il est à mon avis essentiel qu’il existe au sein de la communauté sage-femme et étudiante des espaces sans jugement pour déposer les histoires qui nous ont donné chaud, hors des comités péri et des cours de maïeutique, pour apprendre de nos erreurs et de celles de nos sœurs et encore une fois, pour notre santé fondamentale de sages-femmes et d’apprentissages.

 

Comme Jennie Stonier l’expose dans sa réflexion sur le processus d’enquête professionnel (publié en ces pages) : « Afin que l’on puisse être à l’aise pour discuter d’incidents et de questions en lien avec la sécurité, il faut que cela devienne la norme plutôt que quelque chose qui ne se produit que lorsqu’un événement grave a donné lieu à une enquête. Il faut également avoir une garantie que l’on va davantage s’attarder sur l’apprentissage et la prévention plutôt que sur l’identification d’une erreur en vue d’obtenir une sanction. » Pour ce faire, il faut trouver des espaces de partage hors des systèmes hiérarchiques de l’université et des CIUSSS, et penser à une structure de partage horizontale et circulaire.

 

Dans cet esprit, un premier Cercle Yoni a eu lieu cet hiver pour démontrer de la solidarité à une sœur sage-femme vivant une situation difficile. Cela a permis à plusieurs sages-femmes et étudiantes de partager leurs craintes, leurs histoires difficiles, mais aussi, leur soutien, ce qui permet d’élargir l’apprentissage collectif. Je souhaite de tout cœur que ce Cercle ait propulsé le désir d’une longue tradition de rassemblements basés sur le respect, le partage, la confidentialité et le questionnement chez les sages-femmes québécoises, un peu à la manière de la tradition des tentes rouges. Pour partager les accouchements difficiles, nos peurs, nos erreurs et nos incertitudes, pour s’améliorer, se solidariser, mais aussi pour que les sages-femmes cessent de souffrir en silence. En effet, je constate que malheureusement, au nom de la confidentialité ou par peur de la sanction ou du jugement de nos pairs, des sages-femmes vivent de l’isolement. Il est normal et sain qu’il existe une pluralité de visions et de sages-femmes, mais encore faut-il s’en donner le droit et s’accueillir les unes les autres dans nos différences. C’est vrai ! Plus j’assiste à des accouchements avec différentes sages-femmes, plus je réalise qu’une sage-femme doit développer un confort dans différentes façons de pratiquer. Dans chaque équipe, il y a forcément une plus radicale, une plus straight, etc. Mais toutes doivent être de garde ensemble, se soutenir. Dans le contexte actuel, le besoin de se solidariser est criant, parce qu’on accompagne toutes la Vie et parfois la Mort et que les histoires difficiles doivent être partagées et portées par un plus grand nombre pour éviter qu’elles ne se transforment en anxiété généralisée et en burnout !

 

Conclusion

 

Depuis un peu plus de 6 mois, je suis en congé de maternité, ce qui me donne un peu de perspective sur la pratique et les apprentissages. Je crois encore que j’ai choisi le métier le plus extraordinaire du monde ! Je reconnais tout le travail qui a été fait par les pionnières sages-femmes et je sais que ma génération aura d’autres combats à mener. Je nous souhaite de le faire dans le respect de nous-mêmes et des femmes, dans la reconnaissance de la différence et la solidarité féminine. Parce que j’ai moi-même plusieurs fois dépassé la limite « saine » et parce que les sages-femmes qui étaient présentes à mon accouchement sont depuis en congé de maladie. Parce que je veux être sage-femme, du plus profond de mon cœur et pour longtemps !

 

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Les examens vaginaux: l’art d’observer pour mieux les réduire

Lors de la première édition du YoniFest, j’ai eu le grand honneur d’être invitée à présenter un atelier intitulé « Les examens vaginaux : l’art d’observer pour mieux les réduire ». Les organisatrices avaient eu vent, via certaines étudiantes ayant travaillé avec moi, que je cogitais la valeur et l’impact (positif et négatif) des examens vaginaux, communément appelés TV.

 

Au fil de mes années de pratique, je me suis imposé le devoir d’observation. Regarder comment font les femmes à l’accouchement, repérer les signes du travail intérieur qui se fait, même subtils, me laisser être témoin des danses et des chansons qu’elles offrent. J’ai choisi de mettre tous mes sens en mode ouverture. Puis, tous ces savoirs se sont doucement ancrés, me permettant d’évaluer la progression du travail autrement. De façon holistique. J’ai appris à décoder les signaux émis par la mère et son enfant en travail, me permettant par conséquent de diminuer significativement le nombre de TV.

 

Attention. En toute humilité, permettez-moi de vous mettre en garde. Ce n’est pas quelque chose qui peut se développer rapidement. C’est tranquillement, au fil des années, que l’on peut mettre en opération le résultat de nos observations. Chaque naissance nous apprend quelque chose. C’est le gain d’expérience qui nous permet de sortir un peu plus des sentiers battus, cliniquement parlant.

 

Verser dans un extrême comme dans l’autre n’a rien de sain. L’idée est plutôt d’analyser les signes qui nous donnent des informations; c’est de d’abord tenir pour acquis que le corps de la femme sait quoi faire. Et qu’il sait nous le dire! C’est faire confiance en ce corps comme nous demandons à la femme de le faire.

 

Je vous propose donc de commencer (ou de poursuivre) l’observation consciente de la magie de la naissance. Laissez-vous émerveiller. Telle une enfant. Ouvrez vos yeux, votre cœur, vos oreilles et votre 6e sens. Bien sûr, vous aurez à corréler vos impressions avec les actes techniques, dont les TV. Et c’est comme ça que vous pourrez constater que telle ou telle manifestation chez la femme est bien souvent associée à un tel niveau de progression.

 

Lors de mon atelier intégral, j’ai abordé la validité, la précision, les indications, les impacts, les controverses au sujet des examens vaginaux. Je ne peux malheureusement pas me permettre d’ouvrir totalement cette intéressante boite de Pandore en si peu de mots.

 

LES FEMMES ET LEUR INSTINCT

 

Je commencerai avec un petit élan éditorialiste…

Un TV, c’est une information ponctuelle. Au même titre qu’un monitorage fœtal. Ça nous donne l’information pour ici maintenant. Nous ne pouvons pas savoir comment était la dilatation il y a 30 minutes ni comment elle sera dans 2 heures. Le TV n’est pas prédictif, quoique souvent, mais pas toujours, ça peut nous donner une idée… à la femme aussi d’ailleurs, qui peut aussi vivre de la déception si le travail n’évolue pas comme elle l’avait envisagé. Utiliser le résultat d’un TV pour déterminer le début du 2e stade est tout aussi non juste. Au moment où le TV est fait, la femme est peut-être déjà complète depuis une heure…!

 

Cela amène d’ailleurs mon point suivant. Les stades du travail, définis clairement en durée, reposent sur le résultat d’évaluations tactiles du col de l’utérus par un professionnel de la santé. Il est peu fréquent qu’une femme le fasse elle-même. Donc pour qualifier un travail, le corps médical a privilégié le « savoir » des professionnels de la santé au détriment du savoir des femmes à propos de leur corps et de leur propre processus d’accouchement. Pourquoi ne pas proposer un amalgame des deux?

 

Nous demandons aux femmes d’écouter leur corps, de faire confiance à leur corps. N’est-ce pas un peu contradictoire? En mettant l’accent sur la progression évaluée par des TV, nous n’aidons pas les femmes à comprendre ce qui se passe dans leur corps. Et c’est tellement fortement implanté culturellement que les femmes n’osent pas donner toute l’importance qu’elles devraient à leur instinct. C’est comme la fable des Habits de l’empereur : le corps médical a fini par ancrer cette définition théorique de la progression du travail. Les femmes savent ce qui se passe dans leur corps. Pourtant, souvent elles doutent et se remettent en question. C’est une triste suite logique puisque la majorité des intervenants minimisent leur savoir expérientiel, le senti charnel et leur instinct de mère. Alors les femmes demeurent avec leurs questionnements intérieurs en s’en remettant au « savoir » des doigts du professionnel qui leur indique comment se déroule leur travail. Je nous propose d’écouter les femmes et surtout, de les amener à verbaliser ce qu’elles sentent, ce qu’elles perçoivent dans leurs entrailles. Cette femme qui accouche, c’est elle l’experte de son accouchement. Idéalement, il faudrait jumeler ces trois éléments : le senti de la femme, les observations de la sage-femme et les outils plus techniques, dont le TV.

 

 

OUTILS POUR ÉVALUER LA PROGRESSION DU TRAVAIL 

 

L’observation des signes naturels de progression nous demande de la patience, de la confiance et du lâcher-prise. Mais constater que nous n’avons pas exclusivement besoin des TV pour suivre l’évolution des accouchements est un sentiment vraiment beau, un éloge à la force de la nature. Pour maximiser l’apprentissage, je vous encourage à en parler entre collègues. Partagez vos découvertes. Nous pourrons ainsi majorer la liste des signes observables!

 

Avant le travail et/ou lors de la phase de dilation du col :

 

  • Palpation abdominale :
    • évaluer approximativement la station foetale
    • la présentation foetale
    • la position du bébé en palpant le dos et les membres
    • estimation du poids fœtal, en sachant que ce n’est pas si précis

 

  • Auscultation du cœur fœtal :
    • Le site le plus clair indique la position du bébé, le foetoscope le rend mieux. Entendu vers le flanc maternel : bébé en postérieur probable. CF entendu haut, plus loin de la fosse iliaque : station haute.
    • Le changement de site nous parle de la rotation du bébé. À la dilatation complète, le CF est perçu centré et à peine sus-pubien, traduisant une station assez basse.
    • Un CF avec un son plus « soufflé » peut nous faire penser à la présence d’un circulaire.
  • Contractions :
    • Fréquence : habituellement, de plus en plus fréquentes au fil du travail. S’espacent à la dilatation complète, au début de la latence du 2e
    • Durée : augmente aussi graduellement. Travail actif = 45 sec ou plus règle générale. Encore là, il faut voir l’ensemble du tableau, certaines femmes accouchant avec des CU de 30 sec.
    • Lors de non-progression : l’allure des CU ne change pas malgré les heures qui passent. On attend l’autre phase, le changement de rythme, mais il ne vient pas.
    • Allure générale : bigéminées? peuvent indiquer un bébé en postérieur.
    • Intensité : réflexion intéressante à se faire sur le moyen de vérifier l’intensité : est-ce vraiment si clair et si juste à la palpation? Les femmes avec un surplus de poids pour le moins, je ne suis pas sûre. Personnellement, les signes neuropsychologiques me parlent beaucoup.

 

  • Signes neuropsychologiques et allure générale de la femme : au fil du travail, ces signes sont de plus en plus présents. Endorphines, yeux qui « virent », état de conscience plus altéré, moins de paroles, marmonne, femme concentrée et dans sa bulle, dort et parfois ronfle entre les CU, mange moins, va uriner plus, a chaud, donne des commandements de plus en plus brefs.
  • Sons : les sons changent, la respiration est plus sonore. Au début de la poussée spontanée, la respiration et le son se coupent, et un mini-grognement s’ajoute. C’est subtil.
  • Le sacrum s’ouvre en phase de transition, il bombe. Cela est perceptible au toucher et même visuellement.

 

En fin de dilatation : complète ou pas?

 

  • La femme entre dans un état de transe profond. Elle accède à son cerveau reptilien, son cerveau primitif. Elle cherchera probablement à trouver un endroit où elle est bien, son refuge. Elle appréciera la pénombre.
  • Elle ferme ses yeux la majorité du temps, sinon la totalité.
  • La femme dit qu’elle sent le besoin de pousser. Invitez-la à laisser aller son corps, rassurez-la. Il y aura un temps où elle ne sentira pas seulement pousser et on verra apparaitre les premiers efforts expulsifs involontaires. Si ces poussées ne surviennent qu’au pic de la CU, la dilation s’achève, mais n’est probablement pas complète. Lorsque la femme poussera spontanément dès le début de la CU, durant toute la CU et à chacune d’entre elles, la dilatation est habituellement complète.
  • Si vous observez du « spotting » rouge vif, la dilatation progresse bien et la poussée n’est pas si loin. Puis le « spotting » cesse pour faire place aux longues glaires rouges. Elles pendent à la vulve et annoncent une dilatation complète, dans certains cas un 9+. C’est un signe qui me parle beaucoup. C’est celui qui parfois me fait sursauter : « hein? Les glaires rouges? Déjà la dilatation complète! »
  • Une ligne rouge foncé apparait entre l’anus et le haut des fesses lorsque la dilatation est complète.
  • L’anus bombe et cela indique le niveau de descente du bébé dans le bassin. L’anus peut toutefois bomber dans d’autres circonstances (on peut faire bomber son anus en poussant vers le bas), il faut idéalement corréler cette information avec le reste du tableau clinique.
  • Des consoeurs SF m’ont aussi parlé de vibrations rapides visibles sur le bas ventre, comme un tremblement localisé.
  • Des selles sont involontairement évacuées. Il est clair que la dilatation est complète depuis un bail, la tête du bébé comprime à ce moment l’ampoule rectale de la mère. Prochaine étape : on verra apparaitre le bout de la tête de bébé.

 

À travers toute cette passionnante cueillette d’informations cliniques, je vous invite à déranger la femme le moins possible. Respectons le silence. Évitons de la toucher, au besoin utilisons un miroir subtilement pour mieux voir si une partie nous semble pertinente à regarder.

 

LA LATENCE DU 2E STADE

 

Il est important que durant tout le travail, mère et bébé travaillent ensemble. Et c’est durant cette phase-ci qu’ils complètent leur danse, leur arrimage vers le sprint final. L’utérus moule le bébé l’amenant doucement à s’engager dans le canal vaginal. Ici, si on ne perturbe pas le processus naturel, on observera une phase de quiétude. Les contractions s’espacent… la mère somnole, elle a les yeux fermés et est bercée par les endorphines. C`est la latence de la fin de dilatation… ou du début de la poussée. On parle de la même chose!

 

Et maintenant, j’aurais pu discuter de la progression au deuxième stade… quoique la progression du deuxième stade en soi mériterait un atelier! Partie remise. J’aurais voulu aussi vous parler de la bande de col et de différentes situations en travail dont la latence et la rupture prématurée des membranes… les sujets sont infinis.

 

Poursuivre notre apprentissagE

 

Tout ce discours est beau en paroles, mais peut vous sembler ardu à intégrer dans votre pratique. C’est défaire quelques idées reçues et faire plus de place à la confiance et à l’instinct. Augmenter ses compétences intuitives comme sage-femme, c’est se réconcilier avec les inconnus de la naissance. Régulièrement, il faut se parler, se répéter les mêmes phrases que l’on dit aux femmes : « le corps sait comment faire », « ton corps est capable de donner naissance ». Avant de faire chaque geste (sauf en urgence bien sûr!), questionnez-vous : est-ce pertinent?

 

Et lorsque vous choisissez de faire un TV, aussi bien le faire pour la peine : il faut prendre le temps de bien le faire. Faire des gestes doux et respectueux, opter pour une position optimale et en tirer le maximum d’informations. Et idéalement… bien les utiliser ensuite.

 

Bonne observation. Bonnes découvertes!

 

Sandra DeMontigny

Sandra DeMontigny est la responsable sage-femme à la maison de naissance Mimosa à St-Romuald.

 

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